La facilitation en marchant

Depuis que j’ai fondé la Green Work Agency et que j’accompagne des groupes de travail au vert, j’ai pris l’habitude de sortir marcher avec eux pour de nombreuses raisons, la principale étant bien sûr de faciliter le processus de réflexion.

Mais il y a bien d’autres raisons dont voici un aperçu


Hors les murs.
Les salles de réunions, même lorsqu’elles portent le nom de « créative room » et sont optimisées pour les sessions de travail en équipe et d’intelligence collective, possèdent un gros défaut : elles ont (au minimum) quatre murs, un plafond et souvent peu d’ouvertures sur l’extérieur ! Ce qui implique : peu de lumière naturelle et une vue réduite, voire inexistante, sur un quelconque coin de nature. On connait pourtant les bienfaits que ces éléments ont sur notre capacité à créer et réfléchir. J’ai déjà détaillé ces bienfaits dans d’autres articles (ici et ici notamment) donc je ne m’y attarderai pas : sachez tout de même que de plus en plus d’études scientifiques mesurent le gain de performance lorsque les groupes de travail sont entourés de végétaux ou même uniquement lorsqu’ils peuvent voir des paysages naturels par la fenêtre. Et les résultats sont probants !
Je passe sur notre besoin vital en lumière naturel et en air pur de la campagne…

–> Aller dehors au contact de la nature nous aide à réfléchir et participe à notre bien-être. Pourquoi rester enfermé, pourquoi s’en priver ?


Outils : pas de limites
Les murs aujourd’hui servent à afficher des posts its et projeter des documents. Lorsque l’on marche, il est bon de s’affranchir de ses possibilités et de s’en remettre uniquement à son cerveau et à l’intelligence collective du groupe.
Cependant, il est parfois nécessaire de pouvoir noter des idées et je remplace les fameux post-it par les smartphones des participants ou la tablette que j’ai toujours avec moi. Notes textuelles ou audio, photo, vidéo, mindmap et autres schémas de pensée, dessins : aucune limite avec les applications et outils disponibles de nos jours sur nos tablettes ! Et oui, on peut marcher dans la forêt et vivre avec son temps !

Et bien sûr je n’oublie pas le bon vieux couple carnet de notes/crayon : les participants que j’accueille se voient remettre au début de la marche, un carnet à spiral et un crayon, les deux reliés à une cordelette à passer autour du cou pour pouvoir marcher les mains libres !

–> Les méthodes traditionnelles de la facilitation peuvent évoluer : au revoir petits post it !


La fascination douce
La facilité avec laquelle on réfléchit en marchant dans la nature et époustouflante : le professeur de psychologie David Strayer de l’université de l’Utah a mesuré les performances de ses étudiants qu’il envoie marcher pendant plusieurs jours : + 50% de productivité dans la résolution de tâches créatives !
Il a également mis des mots sur cette facilité de réflexion : la fascination douce : « La fascination douce, c’est quand le cerveau entre en mode par défaut. Cela se produit quand l’esprit n’est focalisé sur rien de particulier, qu’il n’y a aucun effort de compréhension ou d’analyse. Alors, les circuits de l’attention dirigée se déconnectent et le cortex préfrontal se calme. L’esprit peut errer, plonger dans les souvenirs et les émotions, ce qui favorise l’imagination, la créativité et le bien-être»

–> la marche soulage le cerveau de son fonctionnement habituel et quotidien. La fascination douce nous aide à puiser dans nos souvenirs et débloque notre imagination

« Il me semble qu’à l’instant où mes jambes commencent à bouger, mes pensées commencent à affluer » Henry David Thoreau



Le mouvement 
Certaines expressions m’ont toujours fait sourire. Et ce, depuis le collège, ou j’avais déjà fait remarquer à mon voisin de rangée l’incohérence de tout cela : comment peut on demander à des élèves ou travailleurs « d’avancer » alors qu’ils sont assis sur une chaise ? n’est ce pas quelque chose de très contradictoire ?
« Alors ça avance ? » « Tu es bloqué ? » « Libérez votre esprit ! » « dépassez vos limites » « Remuez-vous un peu ! » « allez toujours plus loin » « Sortez des sentiers battus », etc….

Il faut être logique, passer à l’action et faire participer le corps à la réflexion. Avancer de concert, abolir les murs et ouvrir son champ de vision, le champ des possibles ! Combien d’heures avons-nous perdu à nous assoupir sur les bancs de l’enseignement en France puis ensuite à notre poste de travail ! Alors qu’il aurait fallu sortir marcher 30 minutes pour être à nouveau opérationnel !


« Rester assis le moins possible, n’accorder foi à aucune pensée qui ne soit née en plein air et en prenant librement du mouvement » Nietzsche



Moins d’ennui et plus de concentration

Au cours d’une marche je demande forcement à un moment à chacun de marcher seul le temps de réfléchir à une question particulière avant de confronter les réponses. En observant les participants marcher et réfléchir, j’ai remarqué des comportements tout à fait différents que lorsque les mêmes personnes sont assises autour d’une table. Autour d’une table, certains vont réfléchir cinq minutes puis griffonner sur un papier (souvent pour montrer aux autres qu’ils ont déjà fini tellement ils réfléchissent vite 🙂 ), d’autres vont chuchoter avec leur voisin, d’autres encore vont fermer les yeux et oublier de réfléchir, l’ennuie s’installe beaucoup plus rapidement.
En marchant, tous les participants vont réfléchir le temps que dure la marche. Pas moins. Tous vont avoir les yeux fixes et leur attention dédiée à la réflexion. Les restitutions sont à chaque fois très riches et l’engagement de chacun supérieur.  

–> En marchant, le temps que les participants consacrent à la réflexion est supérieur que dans une salle de réunion classique


La communication entre les membres est plus facile

On me demande souvent : mais comment les membres du groupe échangent entre eux s’ils marchent ?

Je réponds tout d’abord que j’organise les marcheurs en binômes ou trinôme en fonction des exercices et que je permute régulièrement. Ensuite j’ai pu constater avec l’expérience que les échanges sont bien plus nombreux et profonds à l’issu d’une marche qu’à l’issu d’une réunion ‘statique’ !
Il ne faut pas oublier que pour beaucoup de personnes, prendre la parole devant les autres n’est pas chose aisée, surtout lorsque l’on demande de générer des idées ou de réfléchir à des sujets plus complexes. Le fait d’être assis autour d’une table peut accentuer la peur de se tromper ou d’être mal compris et renforce la difficulté de formuler certains concepts abstraits. Être directement exposé aux regards des autres engendre souvent de mauvaises interprétations de leur réactions non verbales (les fameuses distorsions cognitives d’Aaron Beck )

–> L’art de la participation en réunion est bien maitrisé par certains et moins par d’autres. C’est pour cela que déstructurer le groupe en le répartissant sur un chemin est intéressant !


Nivellement des hiérarchies et des postures sociales :
Faites le test : il est plus facile de discuter avec son patron en marchant à côté de lui qu’assis face à face les yeux dans les yeux !
La marche ramène chacun à sa condition d’homme et femme effectuant le geste le plus simple et le plus instinctif de notre espèce : Mettre un pied devant l’autre… et recommencer ! Les participants sont égaux et unis dans l’effort et la réflexion.



« La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées, je ne puis presque penser quand je reste en place »  Jean Jacques Rousseau


Animer sans paper board c’est possible :
Mon rôle dans tout cela est le même que dans une salle : imaginer le programme de la session, créer les exercices, ateliers et éventuels ice breaker adéquats, provoquer les échanges et les idées, répartir équitablement les temps de paroles, encourager, aider à classifier et à prendre du recul et bien sûr me servir de l’environnement naturel tout autour pour aider le groupe ! Pauses déstressantes, observations des arbres et analogies avec leur fonctionnement, petits jeux de cohésion ou d’aération du cerveau de mon cru !



Bon pour la santé
Et pour finir, bien sûr, c’est bon pour la santé ! En plus d’avoir le sentiment et le plaisir du travail accompli, mes “Green workers” rentrent le soir chez eux en forme et leur sommeil est profond et réparateur.
ils auront fait plus que les 10000 pas quotidiens recommandés par de nombreux organismes de santé. Ils auront fait du bien à leurs muscles, à leur cœur et à leur corps tout entier!
Fini les problèmes de dos et d’articulations provoqués par notre position assise trop fréquente.


Point Météo 
A part une grosse pluie… il est possible de sortir par tous temps ! Ce n’est qu’une question d’équipement.
Au frais dans une forêt lors des chaleurs d’été, au soleil qui réchauffe en hiver (et la boisson chaude qui suit aussi !) au printemps avec un petit pull pour profiter des fleurs et de la nature qui repart, en automne pour profiter des derniers beaux jours et bien sûr dans la neige, c’est magique !



Marcher uniquement par beau, temps, rester à l’intérieur qu’il pleuve qu’il vente ou qu’il neige, revient à laisser de côté la moitié de cette expérience. Voire la meilleure partie. 
Citation tirée de l’excellent petit livre de Erling Kagge : Pas à pas




Alors ? Qui part marcher-travailler avec moi ?